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mars-avril
2005
Cinéma
Festival Russe Pour ce dixième anniversaire du désormais
institutionnalisé festival russe du Théâtre Toursky à Marseille
Richard Martin et son équipe ont voulu donner à leur public, une
fois encore, un choix exceptionnel de films, de créations théâtrales,
de comédies musicales et de concerts.
Les films des cinq soirées on été choisis en hommage aux hommes et femmes russes tombés sous le feu nazi, il y a soixante ans. Des films dont la plupart étaient sortis en leur temps sur les écrans français, mais qu'on revoit avec plaisir et intérêt rien que pour leur beauté esthétique, la technique des prises de vues, la crédibilité des acteurs et la finesse des metteurs en scène. Tous ces films tournés entre 1957 et 2002, c'est à dire dans les années de l'après Staline, ont plusieurs dénominateurs communs. Nous n'en citons que trois: le premier est que la guerre est en arrière-fond et les quelques scènes de bombardements et mitraillages sont là pour souligner, presque avec pudeur, en quoi et pourquoi la vie, en temps de guerre, ne peut pas continuer à se dérouler " normalement " même loin du front. Le deuxième dénominateur c'est qu'on ne se contente pas de raconter une histoire, mais de faire ressortir la haine contre la guerre, ou si on veut être positif ce sont des films-poèmes pour la paix. Le troisième nous semble être un plaidoyer pour l'Europe, car on voit dans ces films des ressortissants des diverses régions russes qui parlent des langues diverses et aux coutumes différentes se côtoyer, parler dans une langue commune, vivre ensemble et construire un avenir commun. Un jour tranquille à la fin de la guerre (1970) Réalisateur : Nikita Mikhalkov Ce n'était pas encore la quille pour Andrei et Adalat, deux jeunes soldats, ni tout à fait des vacances, même si blessés, ils attendaient tranquilles, cachés dans le clocher d'une église à moitié bombardée, qu'on vienne les évacuer. C'était la fin de la guerre, les Allemands battaient en retraite. Ils avaient abandonné quelques caisses de tableaux volés en rase campagne. Andrei, bien que traînant la jambe, va les récupérer. Une camionnette arrive avec à son bord des responsables russes locaux pour chercher ces caisses, mais Andrei les garde contre tout et tous : pas de mandat officiel, pas de remise des tableaux. Toutefois Adalat, le plus gravement blessé est pris à bord à la place d'une jeune soldate d'escorte qui reste ainsi avec Andrei. La suite va de soi. Après les observations et méfiance du début, les deux jeunes gens vont nouer plus qu'une amitié. Mais un quarteron d'Allemands en déroute arrivent et s'en prennent aux tableaux. Andrei ouvre le feu pour tuer les barbares qui font brûler les tableaux et le tuent. Les Allemands fuient et la jeune soldate blessée est évacuée. Un grand film de seulement 38 minutes ! La belle-fille (1972) Réalisateur : Hodzhakuli Narliev. C'est un film d'une grande sobriété dont l'action se déroule à l'intérieur du Turkmenistan, une des républiques de l'URSS au bord de la mer Caspienne, entre steppe et désert. Un petit peu lent, comme presque tous les films orientaux, où le temps, qui semble s'arrêter, souligne la fatalité subie par tous les êtres vivants, les végétaux, les pierres et même le sable. Mais dans ce film, cette lenteur est de mise, car c'est une histoire d'attente. Une attente inutile, car depuis le début on devine que celui qu'on attend ne reviendra jamais. Une évocation pudique du sacrifice des femmes, silencieuses vestales, dont les hommes sont au front. Mais à la fin de cette histoire, l'espoir revient, la vie reprend ses droits. A remarquer que ce film est en même temps un regard sur le pays turkmène ainsi que sur quelques aspects des us et coutumes locaux. La Ballade du soldat (1959) Réalisateur : Grigori Tchoukhraï Héros malgré lui, héros par peur, un jeune soldat, un garçon bien élevé, " un petit à sa maman ", au grand cœur, qui désire rendre service à tout le monde se trouve mêlé à des aventures liées aux problèmes de transport, d'amitiés et d'amour sur le fond des méfaits de la guerre. Histoire amère, histoire qui s'est répétée tant de fois sur tous les fronts du monde, due à cette paranoïaque envie de certains hommes d'envoyer au massacre leurs propres concitoyens, hommes affamés de chair fraîche, assoiffés de richesses et de terres,…et ne tournez pas le regard ni vers Washington ni vers l'Irak…c'est une histoire éternelle, une histoire où l'agneau sans défense est sacrifié sur l'autel de Baal. L'universalité de cette histoire devrait faire réfléchir tous ceux qui détiennent le pouvoir, qu'ils soient en Europe, aux Amériques, en Afrique ou en Asie. Un film qu'on revoit à distance d'années avec plaisir. Romance du front (1983) Réalisateur : Piotr Todorovsky Au fur et à mesure qu'il s'éloigne de la guerre, la vision noire du peuple russe, traumatisé plus que d'autres, devient grise, tout au plus gris claire. Ce film est une histoire d'amitié avec un certain humour, même si en arrière plan, la guerre hante les personnages comme un vautour affamé. Le Coucou (2002) Réalisateur : Alexander Rogozhkin C'est le film le plus récent de la série montré à ce festival russe du Théâtre Toursky. Un film de grand classe, construit, tourné et interprété merveilleusement bien. Histoire simple et pourtant complexe. Une femme et deux hommes réunis dans une même détresse, chacun avec ses problèmes, ne parlant pas la même langue, trouvent, par la force des choses, une façon de vivre ensemble. L'équilibre de ce modus vivendi est remis constamment en cause. Les drames sont résolus si non éventés chaque fois qu'il surgissent. A la fin on croit que l'irréparable arrive, mais la force de cette femme lapone réussi à réconcilier les deux hommes. La suite c'est presque un conte de fée, harmonieux, subtil et tout en délicatesse. Quand passent les cigognes (1957) Réalisateur Mikhail Kalatozov Film culte, oui ! Une diatribe contre la guerre, oui ! Une splendide histoire d'amour, oui ! Après cela que peut-on dire ? Toutes les critiques de la terre,- rareté précieuse !-, se trouvent d'accord. Tous les spectateurs aussi. Sans tergiversation. Alors je n'ajouterai rien sous peine de plagiats, de répétitions et de rabâchés. Car c'est un livre entier qu'il faudrait écrire si on veut faire l'exégèse de cette œuvre, oui, œuvre au sens pur, car chaque scène comporte une histoire en soi. Des phrases, des expressions et des situations jamais gratuites, mais pensées, réalisées et interprétées en tenant compte de toute une culture sous-jacente, jamais explicitée, toute en sous-entendus. Il y a aussi une ponctuation très nette sur la modification des mœurs pendant une période de guerre, quel que soit le pays touché, loin du front, où seulement ceux qui ont une grande force d'âme peuvent survivre et rester intègres. Un classique, parce qu' universel. A voir et à revoir. Oscar Carchidi
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