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THIERS de MARSEILLE
Le lycée de Marseille, c'est encore et toujours le
lycée Thiers, comme le lycée de Paris, c'est Louis le Grand. Ce mardi
25 mars 2003, dans le cadre du bicentenaire de l'établissement, trois
anciens élèves avaient été réunis pour débattre sur Adolphe Thiers. Le
lycée porte en effet le nom d'un enfant de Marseille devenu un homme d'Etat,
mais très controversé : massacreur de la Commune de Paris ou Père de la
République ?
Il convenait loin de toute polémique, dans le cadre tranquille d'un anniversaire d'évoquer M. Thiers en un débat toutefois contradictoire. Pour cette tâche, on a pu trouver deux anciens élèves, avocats de profession, qui se sont volontiers prêtés au jeu des " commis d'office ". Il s'agissait de Me Michel Pezet, pour l'accusation et de Me Paul Lombard, pour la défense. M. Echinard était le modérateur. Tour à tour, cette défense et cette accusation ont abordé Thiers sur deux points de vue : d'abord son rapport avec la culture et l'enseignement puis celui qu'il avait avec la politique et en particulier avec la Commune de Paris. Enfin, une plaidoirie de cinq minutes devait clore cet échange. Pour l'accusation, ses déclarations sur l'éducation sont " effroyables " et en particulier sa position sur le primaire. En 1849, il recommande de se limiter à apprendre à lire, écrire et compter et de confier cette tâche plutôt à des curés. Ils connaissent mieux la résignation à une vie de souffrance que les quelque 37 000 instituteurs laïques. " Sa vision est conservatrice et rétrograde ". Pour lui, la société est divisée entre l'élite financière et " la vile multitude ". Même l'église, en la personne de Monseigneur Dupanloup, trouve qu'il va trop loin. Pour la défense, il faut juger Thiers au travers de sa société, une restauration très stricte avec Charles X, Napoléon III et les débuts de la République. Il était le " foutriquet " pour certains mais c'était un conservateur peu ordinaire qui a pris la peine d'écrire l'histoire de la Révolution et de l'Empire. L'accusation, elle, rappelle des noms d'écrivains comme Lamartine, Hugo. Si les livres de Thiers ont eu un succès de librairie, il a été aussi critiqué pour avoir la " banalité d'un avocat ", et " ni valeur historique, ni valeur littéraire" . On ne lit plus ses volumineux volumes mais on peut en retenir quelques citations " La république est le gouvernement qui nous divise le moins " et " Le roi règne mais ne gouverne pas ". En ce qui concerne la politique, pour la défense, c'est un homme d'Etat dont l'apport à l'histoire de France est capital. Ainsi, en 1830, il est d'une déclaration de journalistes en faveur de " la résistance à l'autorité qui s'est dépouillée du caractère de la loi ", ce qui sera inscrit dans la Constitution de la France seulement en 1958. Toujours dans les années 30, il écarte le retour des Bourbons en faisant emprisonner la Duchesse de Berry . Au coup d'état impérial, il est arrêté et doit s'exiler en Suisse, ne rentre en France qu'en 1852 pour rester silencieux jusqu'en 1864 où il prononce son discours sur les libertés nécessaires (la liberté de presse, individuelle, électorale, un contrôle du Parlement sur l'exécutif). A la défaite de 1871, il se fait l'avocat itinérant de la République. Il conduit les négociations à Versailles et signe la paix la moins mauvaise. Grâce au pacte de Bordeaux, il va geler la succession et lancer le redressement du pays. L'accusation justifie ces quelques apports par la longueur de la carrière de cet homme politique. Elle rappelle qu'il s'agit surtout d'un ambitieux carriériste qui a voulu le pouvoir pour le pouvoir tout comme son modèle Napoléon dont il fera revenir les cendres en France. Cependant, Me Pezet concède qu'en 1877, à la fin de sa vie, c'est un autre homme. Seulement avant, il y a eu la commune en 1870-71. La défense fait valoir d'une part que la répression n'était pas exceptionnelle à Paris et que la responsabilité en est collective. De plus, Thiers a donné des ordres qui ont été surmultipliés. " Il ne mérite pas de couronnes même pas de couronnes mortuaires ". Pour l'accusation, ce qui perd Thiers c'est sa préméditation. En 1848, il a dit à Louis-Philippe, partons, mais ce dernier a refusé et a préféré abdiquer. C'est grand, juge l'homme politique qu'est Michel Pezet. Il rappelle que la commune éclate d'abord à Marseille, puis à Paris où il y a un mécontentement général à cause des grands travaux d'Haussman qui chasse les gens de chez eux et de l'entrée des Prussiens dans la ville. Dans ce climat de misère, Thiers fait voter la fin d'une allocation et la non prolongation des délais pour des dettes. Il fait de la provocation. Il joue à l'homme fort. Il réorganise l'armée pour revenir et réprimer. Il y a eu responsabilité collective mais de sa part préméditation pour avoir le pouvoir. Monsieur Echinard confirme qu'en 1834, en juin 48 et en 71, Thiers a eu la même idée de quitter Paris puis de revenir et de réprimer. En conclusion, l'accusation recommande de ne pas débaptiser le lycée, car grâce aux travaux des historiens, Thiers est sauvé par son dernier programme électoral où il accepte le suffrage universel. Michel Pezet conclue en le citant " Lire des diatribes, c'est respirer les latrines de sa renommée " Pour la défense, Thiers a de larges circonstances atténuantes : il a gracié Gaston Crémieux qui a été cependant fusillé contre sa volonté. Il est intervenu en faveur de Rochefort, un journaliste. Me Paul Lombard finit sur une note d'humour en proposant d'appeler le lycée " Lycée Michel Pezet " ou vu la modestie de ce dernier, " Lycée Paul Lombard ". Mireille Bianciotto
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