|
|
|
2 décembre 2006
GRENOBLE LA REVOLUTIONNAIRE
Tout est parti du Dauphiné, tout est parti de Grenoble.
Les paroles, les pamphlets, les idées nouvelles proposées par Barnave et d’autres vont transformer le cours de l’histoire française, l’Histoire avec un grand H. Ils vont inspirer et lancer une révolution un an avant la date officielle de son début. La Révolution Française est née à Grenoble.
1788 : dans tout le royaume, les privilégiés se rebellent. Ils réclament la convocation des Etats Généraux ; assemblée des trois ordres qui n’a pas été réunie depuis 1614. Cela peut paraître étrange mais ils ont le soutien du peuple et de la bourgeoisie éclairée. Chacun y voit un avantage et comme rien ne vient, la colère gagne le pays.
Elle éclatera finalement à Grenoble. Depuis 1453, la ville est particulièrement fière d’être le siège du Parlement du Dauphiné. Un parlement qui est aussi le symbole d’un certain indépendantisme ; il est le garant des libertés du Dauphiné avec ses droits que le roi de France avait promis de respecter lors du rattachement à la couronne. Ces murs, cette institution sont un point d’ancrage important de la société grenobloise.
Il y avait eu beaucoup de pluie, une mauvaise récolte et une hausse du prix du pain. Il y avait toujours plus d’impôts et les caisses de l’Etat bien vides. Grenoble se retrouve alors dans une agitation populaire où les bras et les idées sont brassés. Plusieurs familles demandent aux membres du Parlement de Dauphiné de faire remonter leurs revendications jusqu’à la Cour. Ces parlementaires plutôt progressistes se font jeter par les ministres et sur l’ordre d’un chancelier royal, ils se voient obligés de quitter leur ville. Dans une atmosphère déjà électrique, le peuple gronde et tout explose le 7 juin 1788.
L’agitation était devenue tellement incontrôlable que le gouverneur du Dauphiné doit envoyer une garnison pour calmer la foule et disperser les parlementaires loin sur leurs terres. La population, exaspérée, agresse les troupes royales afin d’obliger les magistrats à rester en ville et à rouvrir le Parlement. Cela faisait un mois que le Palais avait dû fermer et depuis ce temps, la ville se trouvait noyée sous les débats. Les rues, les salles ressemblaient à des arènes politiques. Les esprits étaient surchauffés.
Durant les heurts, une partie des manifestants monte sur les toits voisins et lance toutes les tuiles à portée de main sur les soldats. La garnison doit partir rapidement.
Cette Journée des Tuiles pourrait être la date du début de la Révolution Française…Ce ne serait que rendre à Grenoble ce qui est à Grenoble !
Ce jour sera suivi de l’assemblée de Vizille et l’idée que le tiers états est un ordre aussi important que les autres va se répandre. Les représentants du Dauphiné se réunissent le 21 juillet 1788 au Château de Vizille, non loin de Grenoble, dans la salle du Jeu de Paume, pour refuser le paiement de l’impôt, s’élevant ainsi officiellement pour la première fois contre l’autorité royale.
L’assemblée est composée de 50 prêtres, 165 nobles et 276 représentants du tiers état (parmi eux Mounier et Barnave, deux avocats qui rédigeront le Serment du Jeu de Paume et qui s’inscriront dans l’Histoire). Ils vont réclamer la réunion des Etats Généraux et le vote par tête. Tout ceci a une odeur de démocratie mais au départ, c’est l’expression de l’opposition des classes privilégiées aux tentatives de réformes fiscales.
Les députés obtiendront satisfaction sur plusieurs points. Le Conseil du Roi décide d’une assemblée à Romans pour la composition des Etats du Dauphiné, un autre arrêt annonce la convocation des Etats Généraux et les parlementaires grenoblois sont autorisés à rentrer. La Cour ne voit plus d’autre solution, elle accepte en fait ces convocations en pensant que l’assemblée des Etats Généraux pourra imposer des réformes aux privilégiés.
Parmi les personnages qui ont fait ces événements se trouve Barnave (avocat, constitutionnel). Né à Saint-Egrève, à côté de Grenoble, il devient avocat à 20 ans et à 22, il éclate au grand jour en prononçant un discours « De la nécessité de la division des pouvoirs dans le corps politique ».
Mais il arrive avec fracas sur le devant de la scène française au soir de la Journée des Tuiles ; le personnage va faire diffuser un pamphlet «l’Esprit des Edits enregistrés militairement au Parlement de Grenoble le 10 mai 1788 ». Ensuite, Barnave aura un rôle prépondérant dans les assemblées de Grenoble, de Vizille et sera élu aux Etats Généraux.
A la Constituante, il s’affirme comme l’un des meilleurs orateurs du parti Patriote, capable de superbes improvisations. Siégeant à gauche, Barnave défend des principes libéraux tout en s’opposant à l’émancipation des esclaves. Partisan des mesures d’exception, il reste quand même toujours prudent dés qu’il était question de la liberté à donner au peuple et alarmé par l’agitation populaire, Barnave prononce la phrase «Un pas de plus dans la ligne de l’égalité et c’est la ruine de la propriété ». Favorable à une déclaration des Droits de l’Homme mais voulant assurer au roi une participation au pouvoir, il parvient à faire entendre ses opinions. Son élection à la présidence de l’assemblée en octobre 1790 marque l’apogée de sa célébrité et après la dissolution de la Constituante, Barnave va rentrer à Grenoble dont il deviendra le maire.
La Révolution Française allait trop vite pour ce modéré qui pensait «que les principaux abus que nous avons détruits ne reparaîtront jamais. Combien faudrait-il essuyer de malheurs pour faire oublier de tels avantages ».
Cela lui coûta sa célébrité. Haï par ses anciens amis, il est arrêté et finit guillotiné à Paris le 28 novembre 1793.
Sophie Brion
|