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14 février 2007
NEUTRALITE ALPINE

La neutralité de la Confédération helvétique a été librement choisie, elle remonte au XVIième siècle.
Par la suite, le droit international l’a reconnue mais cette neutralité permanente et armée suisse revient régulièrement sur le devant de la scène.


L’Helvétie est un légo ; ce sont des entités distinctes qui ont accepté de vivre ensemble. L’histoire suisse n’existe pas. La première unification ne remonte qu’en 1798 et elle a été imposée par Bonaparte. Alors, la neutralité s’est décidée afin d’éviter l’implosion des trois Suisses.
Jusqu’au XVIème, les différents cantons helvétiques sont partie prenante des conflits qui ont éclaté sur le continent européen, contre les Habsbourgs, contre les ducs de Bourgogne…A cette époque, l’expansion suisse paraît sans limite. Au cours des quinze ans que durera la bataille pour le contrôle de Milan, les Confédérés vont d’abord pencher du côté des Français puis ils se rallient au Pape et prennent la ville. Deux ans plus tard, en 1515, c’est la bataille de Marignan et les Vénitiens, les Français remportent finalement la guerre contre les Suisses. Les ambitions helvétiques sont stoppées, l’élan de conquête est cassé. Les cantons comprennent qu’ils ne forment pas une grande puissance. L’Helvétie va alors signer des alliances avec différents pays mais comment soutenir divers états lorsque les conflits se multiplient…

La Confédération va évoluer vers la neutralité au XVII ième siècle. La guerre de Trente Ans menace la Suisse où existent différentes formes de christianisme. En 1647, les cantons décident de se défendre contre tout agresseur. Avec les divisions religieuses mais aussi linguistiques et culturelles, il devenait impossible de mener une politique étrangère.
La Guerre de Trente Ans était un conflit religieux et territorial. Les Suisses prennent acte qu’en soutenant leurs coreligionnaires, ils risquent l’implosion, la guerre civile. Il s’agit alors de maintenir la cohésion nationale. Les Confédérés s’accrocheront à cette option même lorsqu’à deux reprises, des troupes étrangères protestantes pénétreront sur leur territoire. La politique neutre paraît être la solution.
En 1648 sont signés les traités de Westphalie, mettant fin à ce conflit. La France y obtient une partie de l’Alsace, la Suède et l’Allemagne gagnent aussi des terres. Les Pays-Bas et la Suisse, eux, accèdent à l’indépendance. Dans ces traités, la neutralité helvétique est reconnue parce que les autres états ont estimé que la Confédération contribuait à la stabilité du continent. Il était question de neutralité religieuse. Cette notion fut donc inventée à l’intérieur puis par des traités internationaux.

L’histoire est complexe et longue. En 1798, l’armée française intervient en Suisse et impose l’instauration d’une république helvétique soumise à Paris. La Confédération perd sa neutralité. En 1812, Napoléon oblige des contingents à participer à la Campagne de Russie. Mais en 1813, L’Helvétie n’est pas assez armée pour pouvoir empêcher les troupes des Alliés de passer sur son territoire. Elle adhère à l’alliance contre Napoléon et en échange, ces puissances lui promettent de reconnaître sa neutralité permanente.
Au Congrès de Vienne, en mars 1815, cette neutralité perpétuelle est reconnue au niveau du droit international «dans les vrais intérêts de la politique de l’Europe entière ». Derrière ce terme, il y a le devoir pour cette nation de ne pas prendre parti dans les conflits et de ne pas prendre les armes, sauf pour se défendre. Mais en cas de guerre, les officiels peuvent apporter un soutien matériel équitable envers les différentes parties. Oui, un état neutre peut commercer avec des pays en conflit.
Cette volonté suisse, fallait-il encore qu’elle soit respectée par les autres états. L’Europe y trouvera des bénéfices alors la neutralité survivra. Tout d’abord, par la position géographique de la Confédération, au cœur des terres ; puis par l’apport helvétique d’un grand nombre de mercenaires, apport qui ne s’arrêtera qu’en 1848 et l’industrialisation du pays a permis d’aider matériellement des états en guerre. La neutralité a ainsi donné de l’importance à un petit état. Durant le XIX ième siècle, la Suisse la pratique malgré quelques crises comme celle avec la France au moment du rattachement de la Savoie en 1860. Toutes les nations européennes ont trouvé leur compte dans cette neutralité perpétuelle.

Depuis 1815, cette notion a un peu évolué bien qu’elle soit restée permanente et armée. Armée afin de pouvoir lutter s’il y avait une invasion.
Avec la guerre froide, la neutralité est devenue active. La Confédération s’est efforcée plusieurs fois de dénouer des crises internationales en utilisant son statut d’impartialité. Après la chute du mur, l’Helvétie a revu sa copie, s’est engagée en 1996 avec l’OTAN en insistant sur le fait que cet acte était pour promouvoir la paix et en se réservant le droit de se retirer. En 1999, des volontaires suisses non armés ont été envoyés au Kosovo ; cela a réveillé le débat sur la neutralité, sur un possible rôle international. Mais en 2002, les premiers soldats confédérés armés sont arrivés au Kosovo et la même année, la Suisse faisait son entrée à l’ONU.
Aujourd’hui, il s’agit d’enjeux surtout émotifs. Un exemple, les lois votées depuis plus de dix ans sont compatibles avec l’Union Européenne. L’Helvétie s’adapte, perd de son isolationnisme mais la peur de l’Allemagne compte encore beaucoup en Suisse alémanique ; une Suisse allemande qui a son propre allemand.

La neutralité, en réalité, est difficilement applicable. C’est tout d’abord un acte risqué car il dépend de l’autre et de son acceptation. L’histoire mondiale nous montre que maintes fois celle-ci a été violée.
En cas de guerre absolue, pour pouvoir s’approvisionner, un état neutre devra se soumettre aux conditions des belligérants. Un fort moyen de pression. De plus, la neutralité d’opinion n’existe pas. Ainsi durant la Première Guerre Mondiale, le chef de l’armée helvète a voulu entrer dans le conflit aux côtés des Allemands. Il y avait à l’époque un véritable problème entre les Suisses romande et alémanique. Quant à la Seconde Guerre Mondiale, il existait la neutralité affichée et une société travaillée par une idéologie d’extrême-droite, comme toute l’Europe. La Confédération a alors eu un rôle ambivalent.
Il est possible de voir dans la neutralité, si nous sommes fleur bleue, un magnifique geste éthique. Il n’en est rien, c’est un geste intéressé. Voilà une arme pour un petit état, sa seule force. Une attitude qui lui permet de garder sa souveraineté. Un confetti n’a que le droit pour se défendre.
C’est d’un grand intérêt financier. Il est vrai que ce n’est pas l’histoire qui a lié la population suisse mais l’économie. Le pays s’est créé par une économie de rente avec le passage des Alpes, ses nombreux péages et la Confédération s’est aussi longtemps enrichie en recevant l’énorme apport financier des mercenaires…En étant neutre, l’Helvétie a profité des guerres, elle a pu fournir des matériaux, des armes. Le droit était pour elle puisqu’il s’agissait d’un commerce privé. Mais est-ce bien compatible avec la neutralité si cela prolonge un conflit.

Sophie Brion

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dernière modification Août 2009