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21 janvier 2005

Les trois coups de la Commission

La représentation de la Commission européenne à Marseille a organisé, sa traditionnelle journée d'information et de rencontres avec les institutions, associations ou personnalités qui sont ses relais et ses partenaires dans la région PACA.
Mme Blandine Pellistrandi qui dirige depuis peu, ce bureau, a lancé, à cette occasion, la campagne pour le référendum sur la Constitution européenne. Elle a joué l'ouverture et la diversité, en exposant sa propre stratégie de communication comme celles d'autres institutions européennes, le Parlement et les services de la Commission de Bruxelles, sans oublier celle du gouvernement français. Ce fut le premier coup de la campagne.
Pour le second, ce fut deux enquêtes de terrain sur l'état de l'opinion dans la région Provence-Côte d'Azur.
Le Parlement européen a fait un sondage sur la manière dont la presse locale a rendu compte sur la Constitution entre fin octobre 2004 et mi janvier 2005. Les thèmes abordés ont été, actualité oblige, le référendum interne au PS (38% des articles), le processus de ratification du Traité constitutionnel (19%), la position de personnalités de la presse et de la politique pour ou contre le texte (17%) et la position de la société civile (9%). Le partage entre le oui et le non n'est pas net, car si 26% des articles sont défavorables à la Constitution contre 16% , il en reste 58% de neutres et, de plus, le parti du non est celui d'un seul journal : La Marseillaise. Tout porte à croire que la presse locale évoluera avec l'ouverture de la campagne au niveau national et que les prises de position des uns et des autres s'affirmeront.
Me Bonnefoi, a, quant à elle, interrogé des hommes politiques. Elle les a sélectionné en excluant les dirigeants des partis, déjà bien médiatisés. Chez eux, le non se fonde sur des thèmes récurrents comme le risque d'un recul social, l'empêchement des femmes à pouvoir s'exprimer et, enfin, l'impuissance européenne face à la mondialisation. En revanche, elle a trouvé plusieurs oui. Le oui est parfois comme " pollué " par des craintes : celle de ne pas entraîner sympathisants ou même militants, celle de faire difficilement le lien entre la vie quotidienne de la population et l'Europe, celle d'effets perturbateurs du climat français. Ce oui reste aussi en demi teinte avec des arguments comme un texte incomplet qu'il faudra poursuivre. Il y a enfin un oui plus affirmé, fondé sur le contenu du texte constitutionnel, qui retient l'introduction de nouveaux droits de l'homme et la chance d'une politique étrangère européenne commune plus forte que celle des États-Unis.
Le oui, mais risque de faire la différence. Ses grands thèmes sont la crainte d'une fiscalité déséquilibrée, l'adhésion de la Turquie si cette dernière ne reconnaît pas le génocide arménien, la capacité de l'Europe à devenir plus sociale ou plus proche des citoyens, la lutte pour le respect de l'environnement et le devenir des régions. Les réponses de ces hommes politiques ont, en tout cas, laissé à Me Bonnefoi le sentiment qu'ils s'étaient emparé du débat et qu'ils y réfléchissaient majoritairement, ce qui n'avait pas été le cas, selon elle, pour le référendum de Maastricht en 1993.
Le troisième coup de lever de rideau sur la campagne référendaire fut un aperçu des campagnes dans deux États membres : l'Espagne et l'Allemagne.
M. Collicarbo, chef de la représentation européenne de Barcelone, précisa d'abord que l'Espagne n'était pas tenue par son référendum mais que, néanmoins, le gouvernement faisait campagne. Il a d'ailleurs convoqué à la télévision des personnalités du spectacle ou du sport comme Zidane pour venir lire un article de la constitution. Si l'euroscepticisme est faible en Espagne, des critiques existent sur la puissance humanitaire de l'Europe, son attitude face aux régions et son peu de caractère social. En Catalogne, les griefs des partisans catalans du non portent sur l'absence de mention d'une Europe des régions, celle des peuples et celle de la langue catalane. La mobilisation pour la langue fut assez forte pour obliger le gouvernement espagnol à demander que toutes les langues de l'Espagne soit employées et traduites à Bruxelles, suivant en cela l'Irlande pour le gaélique. On voit que le désir de plus de proximité dans la vie des européens s'étend dans l'Union.
C'est un universitaire allemand, enseignant à Avignon, qui devait donner son interprétation du cas allemand. En l'absence de référendum (impossible constitutionnellement) il n'y avait plus de débat, selon lui, en Allemagne. Lancé très tôt après le discours de Joschka Fischer, le 12 mai 2000, il s'était dilué depuis. Les Allemands, tous partis confondus, étaient d'ailleurs favorables à la Constitution et se préoccupaient déjà de l'après ratification. Le texte avait retenu leur faveur grâce à son aspect démocratique, avec l'intégration de la Charte des droits fondamentaux et à l'affirmation de l'économie sociale de marché. Les critiques s'étaient portées sur l'absence de référence chrétienne dans le Préambule ou le peu d'importance des parlements nationaux. Enfin comme en France, le débat sur la Constitution avait été " biaisé " par la question de l'adhésion de la Turquie.
Avec ces trois présentations, une des institutions, la seconde du local et la troisième du voisinage européen, la campagne pour le référendum constitutionnel commence sérieusement dans la région Provence Alpes Côte d'Azur.

Mireille Carchidi

 


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dernière modification Août 2009