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28 novembre 2006

REJET DE LA SUPERPUISSANCE

Un deuxième mandat acquis en surfant sur la peur du terrorisme, une guerre irakienne lancée entre mensonges et mépris, des scandales et voilà l’opinion américaine qui se réveille. Le Parti Démocrate gagne facilement les élections de mi-mandat.


Il s’agissait en Amérique d’élire 435 membres de la Chambre des représentants, d’élire 33 sénateurs sur les 100 et 36 des 50 gouverneurs. Bush, les élections et les machines avaient laissé un tel mauvais souvenir que les deux camps s’étaient mobilisés ; plusieurs milliers d’avocats se préparaient à intervenir. Finalement, malgré quelques ratés, tout s’est bien passé et rapidement le pays, le monde a su que la victoire appartenait aux démocrates. Pour la première fois en 12 ans, l’opposition obtenait la majorité à la Chambre des représentants avec 147 sièges contre 135 pour les républicains. Victoire sans appel, ils ont aussi gagné le Sénat avec 2 élus d’écart.

L’effondrement du camp au pouvoir est important. Les démocrates ont remporté par exemple 3 sièges dans l’Indiana, bastion républicain pourtant. Autre symbole en Pennsylvanie, Rick Santorum, grand partisan de la guerre en Irak a été battu. Quant à Keith Ellison, dans le Minnesota, il est devenu le premier américain musulman élu au Congrès. C’est un fait marquant au regard de la politique extérieure de Georges Bush.


Ces élections se sont transformées en un référendum sur la guerre en Irak mais ce sont plus les morts américains que la guerre en elle-même qui étaient au centre des débats. Première conséquence quelques heures seulement après les résultats, Donald Runsfeld le théoricien de ce conflit se trouvait remplacé à la tête du Pentagone. Il représentait les va-t-en-guerre, l’enlisement et le mépris envers la « vieille Europe ».

Ce deuxième mandat de l’équipe Bush a eu un fort déficit d’image, entaché par la guerre dont 65% de la population veut l’arrêt, entaché par les scandales financiers aussi. Maintenant, l’Amérique entre dans une période de cohabitation où le Président garde en main un droit de veto mais où s’il l’utilise, le pays entrera dans une épreuve de force qui l’empêchera d’avancer.

Vu de Suisse, ces élections ne sont pas une révolution, pas un grand chambardement. Si elles montrent, il est vrai, l’impopularité de Bush, aucun grand changement ne pointera le bout de son nez. Les différences les plus significatives entre les deux camps ne se trouvant que dans des points secondaires économiquement parlant, les normes environnementales par exemple.


Les relations américano-helvétiques du vingtième siècle prouvent que la Suisse n’a pas d’a priori sur les démocrates et les républicains. Les deux pays s’apprécient par leurs constitutions et leurs perceptions de la liberté. Ce n’est pas le grand amour, juste du respect qui peut virer aux discussions difficiles lorsqu’il y a des négociations. Ainsi, ces états sont neutres au début de la Première Guerre Mondiale mais dés que les USA entrent dans le conflit, ils oublient les Helvètes puis iront annoncer qu’au sein de la SDN (Société des Nations) il n’y a pas de place pour les neutres.

Aujourd’hui, les Suisses ont du mal à digérer le mépris américain pour la « vieille Europe » et pour les petits pays. Aussi, la rue de droite comme de gauche rejetait fortement l’équipe républicaine au pouvoir. La Confédération Helvétique rejette le mépris de cette superpuissance.


Dans la Confédération Helvétique, tout le monde s’accorde pour dire que ce basculement n’aura que très peu de répercutions sur la politique étrangère américaine. Sur l’Irak, il y a eu beaucoup de discours mais il ne faut pas oublier, nombreux sont ceux au Congrès qui ont soutenu l’effort de guerre. Face à la lutte contre le terrorisme, peu de changements là aussi à attendre car l’antiterrorisme s’est mondialisé. Par contre, la victoire démocrate est tout de même un bon signe pour de meilleures relations entre le Nouveau Monde et l’Europe. Du point de vue suisse, les seuls véritables gestes importants seront au niveau national ; la nouvelle majorité pouvant faire établir des réformes dans l’éducation ou la santé publique (réformes dont le pays a grandement besoin).

Dans les milieux économiques, financiers helvétiques, peu de crainte et peu de joie. Pour la Chambre de Commerce Suisse-Etats Unis, si les nouveaux dirigeants devaient modifier leur politique commerciale en s’orientant vers plus de protectionniste, les Helvètes ne seraient pas les premiers visés. Cela concernerait peu de produits, des montres et des services financiers sont exportés ! L’arrivée démocrate est perçue comme ne pouvant avoir qu’une influence indirecte sur l’économie suisse. Cette nouvelle donne les fait tout de même craindre (crainte relative) les mesures qui pourraient être prises afin de faire face à l’énorme déficit budgétaire des années républicaines. Sa baisse trop rapide entraînerait selon eux un ralentissement économique américain puis par effet domino, suisse. Cette baisse rapide ferait chuter le dollar, ce qui plomberait la compétitivité de l’Europe. Finalement, la cohabitation serait plutôt bénéfique ; que les deux camps se contrecarrent et les démocrates ne devraient pouvoir avancer que par de petits réajustements.


La Suisse un peu idéaliste, la Suisse du « vieux continent », le peuple helvétique est ravi de l’effondrement de l’équipe Bush mais la Suisse pragmatique voit simplement d’un bon œil la cohabitation où démocrates et républicains ne pourront évoluer que lentement.

Sophie Brion


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dernière modification Août 2009