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19 novembre 2006
PLEBISCITE ROYAL Une femme cataloguée comme poupée marketing vient de s’incruster confortablement dans les hautes sphères politiques. Elle y a été portée par le peuple. Ce n'est pas une question de sensibilité politique ; voilà un phénomène qui s’est bel et bien installé. D’une risée, nous sommes passé à un vent et cette force dépasse le seul Parti Socialiste. Ségolène Royal est prise maintenant très au sérieux dans le pays comme à l’étranger. Dans les médias, elle est passée de forte image, et image qui fait vendre, à une forte personnalité. La reine des sondages n’a jamais nié vouloir utiliser la presse, elle sait ce qu’elle veut et comment y parvenir. Quand dans le même temps, Nicolas Sarkozy donnait tout autant de lecteurs aux journaux et éditeurs, il n’était pas question là de poupée marketing.
Tous lui reconnaissaient et lui reconnaissent ce savoir-faire. Mais Ségolène Royale devait, elle, rester à s’occuper des enfants !
En France, dans le monde, c’est le respect face à son écrasante victoire : plus de 60% et son score a pu atteindre plus de 90% selon les sections. Les personnalités, les médias parlent de qui elle est, de ce qu’elle veut, étrangement aussi de ses idées politiques ! En quelques heures, celle qui n’était qu’une Barbie est devenue une candidate redoutable. A la Une des journaux, les mots victoire, rupture, changement se multiplient et les politiques admettent qu’ils ont en face d’eux une adversaire de taille. Difficile en effet de ne pas voir qu’elle est susceptible de devenir la Présidente de la République, difficile de ne pas voir qu’il y a une forte adhésion du peuple. Dans la rue, hommes comme femmes, les passants interviewés sortent de leur réserve et lancent des « pourquoi pas » ou des « elle est capable ».
A droite, la porte-parole de l’UMP disait le soir même « les militants ont choisi celle qui pouvait réellement concurrencer Nicolas Sarkozy » et pour Françoise de Panafieu (UMP) « C’est une bonne nouvelle, c’est la première fois qu’une femme peut concourir à une élection présidentielle…Pour moi, c’est Nicolas Sarkozy qui est le meilleur candidat face à Ségolène Royal ». Quant à ces deux adversaires socialistes distancés largement, ils parlent rassemblement derrière la candidate mais leur joie n’était pas très visible. DSK le soir des résultats la félicitait, Laurent Fabius qui terminait troisième préférait attendre le lendemain pour s’exprimer et ses lieutenants étaient amers. Pour ces éléphants socialistes, comment se réjouir sincèrement d’une victoire venue par le contournement du parti. Pourtant, il n’y a pas plus démocratique que ce plébiscite, il arrive directement du peuple. Mais quelle revanche pour celle qui était raillée, celle que le parti n’a pas vu venir. Les deux malheureux concurrents l’ont totalement sous-estimée. Qu’avait-elle à parler de carte scolaire et de morale alors qu’eux, ils désiraient débattre sur la hausse du salaire minimum ! Cette fille de militaire balance entre liberté et force. Ségolène Royal est certainement ainsi pour, comme elle le dit « ne pas ressembler aux femmes de sa famille », pour ne pas être soumise, ne pas se sentir objet. Alors, elle fera de hautes études, sera énarque, deviendra ministre à 39 ans, continuera sa vie publique bien qu’étant enceinte. Et en 2004, à 51 ans, S.Royal se fait élire première femme Présidente de Région (Poitou-Charentes). La candidate n’a jamais été dans le moule, une personnalité libre qui ne rentrera dans aucun des courants au sein de l’appareil, femme libre qui ne se mariera pas. Elle croit en elle et assume ses choix, comme lorsqu’elle s’élèvera contre les publicités pour les strings et sera finalement fière d’être traitée de Mère la pudeur. Critiquée avec ses discours jugés populistes, S.Royal est pourtant capable de briser des tabous, capable d’aller à contre-courant. Reconnaissance de points positifs dans la politique de Tony Blair (Premier ministre britannique), proposition de mise sous tutelle des allocations familiales, possible encadrement militaire pour les jeunes délinquants, suppression de la carte scolaire…Femme de valeurs plus que d’idées politiques, voilà ce qui l’a portée, voilà ce que le peuple a entendu. Famille, autorité, respect, ces valeurs qui depuis 1968 faisaient rire, ces valeurs prennent aujourd’hui plus de poids. Alors, à ceux qui crient au populisme, peut-être est-elle tout simplement plus proche du peuple, désirant réellement se battre contre la technocratie. Tout ce qu’elle incarne, voilà comment S.Royal a gagné. Pour autant, il ne faudrait pas croire que la candidate n’a pas d’idées, sur l’environnement ou sur la république, elle s’est faite entendre. Après les résultats, Ségolène Royal confirmera sa volonté de rupture face à un monde qui a changé, elle parlera aussi rassemblement. Le poids du parti étant là, il ne faut pas attendre de miracles et si elle devait accéder à la plus haute marche, les pesanteurs nationales et internationales seront présentes. Mais arrive enfin la génération d’après Mitterand et par une femme, c’est ce qui donne une dimension unique au phénomène Royal. Ce n’est pas une question partisane et encore moins du féminisme. Un changement générationnel s’installe, souhaitons qu’il apporte un changement réel de faire de la politique, d’aborder la société et le monde. Sophie Brion |
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