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14 février 2007
BOMBE OCEANIQUE
Notre rapport avec la mer remonte aux origines. C’est l’air iodé de la liberté. Il est puissant, fait de conquêtes, de passions, de découvertes et de légendes. Les océans sont de gigantesques masses en perpétuel mouvement et aujourd’hui, ce que nous y jetons va se déplacer, se propager, polluer. En 2002, au large de l’Espagne sombrait le «Prestige » avec 77.000 tonnes de pétrole. Ce chiffre correspond à la moitié des hydrocarbures rejetés en mer chaque année. Combien de pétroliers mal entretenus parcourent les océans…Trop. Une marée noire, c’est impressionnant. Les images qu’elle offre sont bouleversantes, oiseaux englués, plages mazoutées mais en réalité, un tel déversement n’est qu’une goutte d’eau comparée aux 1,5 millions de tonnes d’hydrocarbures larguées par les dégazages et les déballastages. Ces opérations coûtant très chères si elles sont effectuées dans un port, il est plus facile de tout verser en pleine mer, de préférence de nuit. Les flots sont trop vastes pour être efficacement surveillés ; ainsi rien qu’en Méditerranée, chaque année, les dégazages sauvages sont équivalents à dix «Prestige ».
Entre l’immensité de notre planète et l’impunité, voilà nos océans en danger. Seulement 1% des infractions constatées dans le monde sont sanctionnées ! C’est surtout sur le littoral que les conséquences se font sentir car les hydrocarbures et les différents produits polluants s’y retrouvent concentrés. Or, 80% de la biodiversité vit dans le milieu marin et plus particulièrement sur les côtes bordières. Nous créons des déséquilibres, nous attaquons les milieux mais la propagation est bien plus grande en mer que sur terre. Au fil des ans, il faut constater une augmentation de la pollution et la raréfaction d’espèces. L’océan est devenu un lieu de stockage où l’environnement a été affecté : rejets chimiques en haute mer, macro-déchets, épaves, munitions, fûts contenant des déchets nucléaires…D’après l’Ifremer, il y aurait 15 débris à l’hectare par 1.800 mètres de fond dans le golfe de Gascogne et plus de 100 en moyenne en Méditerranée à seulement 1.000 mètres. Marseille est au rouge écarlate avec…1.500 débris à l’hectare. Les pollutions ont des origines très diverses. La présence de déchets comme les sacs plastiques ou les restes de lignes de pêche présente un danger pour la faune ; les tortues, les oiseaux marins meurent étouffés, affamés, infectés. Mais les macro-déchets causent aussi des nuisances sur la population humaine. Ils portent préjudice à l’image des communes avec des gênes esthétiques et olfactives. Ces déchets sont un risque de blessures, de prolifération d’insectes et s’ils flottent, ils peuvent nuire à la baignade et être une source de problèmes pour la navigation en se prenant dans les hélices ou en entrant en collision. La pollution d’origine tellurique est impressionnante. Le Secrétaire général au ministère islandais de l’Environnement, en 1998 déjà, estimait que 100.000 produits chimiques faisaient partie de notre vie quotidienne. La plupart finissent leur course dans les océans où ils ne peuvent pas être assimilés. La pollution arrive par voie fluviale, par les vents, directement rejetée en mer. Elle peut être parfois causée par des substances non-nocives comme les nitrates, mais qui, en trop forte quantité, sont responsables de l’apparition d’une algue verte toxique. L’air, lui aussi, cède ses pollutions. Les vents transportent des particules en suspensions, des aérosols d’origine humaine et d’origine naturelle (éruptions volcaniques, incendies). Les quantités croissantes de polluants font de nos océans de véritables poubelles. Pour les mers, le constat est encore plus alarmant puisqu’elles sont relativement fermées, qu’il y a un manque de forts courants et de marées. Les macro-déchets s’amassent (certains types comme les plastiques ont une durée de vie sur une grande échelle), ils circulent, coulent, recirculent…Et le littoral est un bon récepteur. La convention internationale MARPOL réglemente les rejets en mer. Elle a classé la Méditerranée «zone spéciale », tout rejet y est donc interdit. Pourtant, beaucoup de communes se retrouvent avec des boulettes de goudron provenant de déballastages. La Méditerranée, surpeuplée et resserrée à Gibraltar se trouve bien polluée. Ce qui la sauvegarde mais pour combien de temps encore, ses grandes profondeurs lui offrant un gros volume d’eau. Il en va autrement pour la mer Baltique où le tocsin doit bientôt sonner. Ici, deux détroits, une profondeur de 60 mètres en moyenne, un lent brassage et un renouvellement estimé à 30 ans. Il faut ajouter 50 millions de consommateurs, des industries qui continuent de rejeter des déchets non-traités, des tankers qui se suivent à se toucher et les pollutions s’accumulent. Le milieu marin, après nous avoir donné la vie nous a offert maints rêves. Rien est statique, tout s’y déplace et les niveaux de pollution, malheureusement, sont devenus inquiétants, alarmants. Il suffirait peut-être d’un petit quelque chose, le respect de ce milieu, pour qu’il retrouve une chance. Il suffirait d’éduquer, de donner des informations et un sentiment d’appropriation, peut-être. Mais il faudrait aussi dépasser les profits économiques…Pourtant, nous pourrions redonner à l’océan ses couleurs et nous redonner une vie meilleure. Sophie Brion
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