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8 mars 2007
VIVRE AVEC
LES INFECTIONS NOSOCOMIALES
Pour
la première fois, le 28 février 2007,
une sanction pénale vient d’être prononcée à l’encontre d’un directeur d’hôpital. En 2002, des patients ayant contracté la légionellose étaient décédés. Le tribunal correctionnel a condamné à 3 mois de prison avec sursis l’ancien directeur de l’hôpital de Meaux pour homicides involontaires et blessures involontaires. Cette décision risque de peser maintenant sur tous les directeurs de France et de Navarre ; elle risque aussi de mettre au pilori les établissements de santé sans que les usagers ne se sentent responsables, coupables.
Tout d’abord, que veut dire «infection nosocomiale
» pour le grand public ; rien. Il serait plus facile
d’utiliser l’autre terme, synonyme
«infection hospitalière ».
Pour être dans ce cadre, une telle infection doit survenir pendant ou après une hospitalisation et au moins 48 heures après l’admission. Bien sûr, le patient ne doit pas en avoir au moment de son entrée dans l’établissement de santé. Les infections nosocomiales concernent chaque année environ 800.000 personnes ; ce qui correspond à 1 patient sur 15 dont plusieurs milliers qui décèdent. Le risque zéro n’existe pas mais il est établi qu’une sur trois pourrait être évitée par un effort de prévention. L’hôpital, le secteur hospitalier n’est pas un univers aseptisé. Le contraire même ; voilà un endroit idéal pour que les microbes se développent. Il y a un regroupement de personnes faibles, de personnes ayant des infections alors le public doit arrêter de s’imaginer l’hôpital comme un lieu protégé. Le milieu accueille un large éventail présentant diverses pathologies et le déplacement une seule personne peut disperser des germes sur les poignées de portes, en l’air…Ces microbes vont ensuite évoluer face aux antibiotiques et antiseptiques et nous nous retrouvons avec les plus résistants qui survivent. Mais seuls certains pointent leur nez sous le feu des projecteurs, comme l’ escherichia coli causant des gastro-entérites ou encore les légionelles ou le staphylocoque doré. Ce dernier est responsable parfois de graves infections ; il restait pour en venir à bout la Vancomycine mais il y a peu, au Japon, une souche y est devenue résistante. Le pneumocoque fait également parler de lui ; c’est une bactérie souvent responsable des infections respiratoires. Il a vu son taux de résistance aux pénicillines passer de 0,5% en 1984 à 60% en 2001 chez les enfants. Les infections nosocomiales touchent facilement les patients faibles. Les personnes âgées, immunodéprimées ne peuvent pas se défendre, ainsi que les personnes diabétiques, dénutries ou celles ayant subi des traumatismes. Tous les services ne sont pas égaux devant ce risque et ceux de réanimation sont très exposés du fait des sondages urinaires et des intubations qui y sont pratiqués. Ces infections compliquent un tiers des patients admis en soins intensifs. Les septicémies représentent 6% des cas et sont la première cause de mortalité, suivies par les pneumopathies mais ce sont les infections urinaires qui sont les plus fréquentes. Les infections nosocomiales connaissent régulièrement des emballements médiatiques où le monde médical est montré du doigt. La population a des accès de fièvre, de panique. Le bon côté de cette médiatisation est qu’elle sensibilise tout le monde au moins un temps. Il ne faut pas oublier ou il faut savoir qu’il existe plusieurs sources d’infection, les patients, les soignants, l’environnement, les visiteurs. Alors, l’image négative des hôpitaux offerte par les médias est un raccourci trop facile. Tout le monde est concerné et la prévention la plus efficace consiste à se laver les mains avec la solution hydro-alcoolique qui est un agent désinfectant. Les patients doivent participer en se les lavant à chaque sortie de chambre. Il en va de même pour le personnel soignant et pour les visiteurs. La lutte est une préoccupation qui remonte assez loin et qui a abouti dans les années 70 aux premiers textes pour contrer ces infections. Petit à petit, le droit a posé des obligations d’hygiène, de décontamination. Si le personnel hospitalier et les établissements n’ont pas d’obligation de résultat, ils ont une obligation de moyens. Mais comment faire admettre que le risque zéro n’existe pas et comment obliger les visiteurs à se laver les mains, comment faire se laver à chaque sortie de chambre par exemple un personnel médical qui courre et qui est débordé… A l’heure actuelle, nous observons parfois une augmentation de ces infections mais si elle existe, c’est en partie grâce aux progrès de la médecine et la prise en charge de patients de plus en plus fragiles. Des tendances à la baisse arrivent, fruits d’un programme de prévention et peut-être un meilleur usage des antibiotiques. L’Assurance Maladie a réalisé une enquête qui montrait qu’en 2002, la France détenait le record de la consommation d’antibiotiques avec 80 millions de prescriptions par an et 30 millions de celles-ci concernaient des maladies virales, or les virus ne réagissent pas aux antibiotiques ! Pour un usager, il a du mal à comprendre comment il est possible de quitter son lit d’hôpital, de quitter un lieu de guérison, parfois plus atteint qu’à son arrivée. Une enquête Ipsos, en 2006, montre que 83% des personnes interrogées ont entendu parler de ces infections nosocomiales mais elles se plaignent de ne pas être bien informées sur les causes et les conséquences. Il faut donc faire un effort d’information. Informer le public, informer le personnel de santé et peut-être éviterons-nous ainsi que l’hôpital soit un bouc-émissaire. Léa Berne
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