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Janvier 2007
REFUS DU RISQUE
Autrefois la bohémienne, la voyante et sa boule de cristal, aujourd’hui la science et ses modèles scientifiques. Depuis son origine, l’Homme a cherché à prévoir, il a cherché à apprivoiser son futur, à apprivoiser sa peur du temps et de la mort. Mais actuellement, le citoyen veut le risque zéro et pense qu’avec les progrès, cela est possible. Ce serait surtout tellement rassurant.
Le citoyen veut se prémunir de tout et s’il ne
voit pas la vie en rose perpétuellement, il va prendre des
anxiolytiques. Le Prozac devient roi. L’Homme cherche
à se protéger, n’ose plus et dans le
même temps trouve qu’il prend trop de risques ! Le
monde extérieur paraît menaçant, cette
peur du futur est paralysante. Les populations veulent des
réponses à toutes leurs questions ; si cela ne
vient pas alors elles cherchent à croire en quelque chose,
à se raccrocher à quelque chose. Croire peut
devenir une thérapie qui aide à vivre, croire en
Dieu, croire en l’amour, croire en la vie…
Notre société refuse d’aller de l’avant, refuse les aléas. Derrière le risque, il y a peut-être la crainte de souffrir car prendre le risque de la vie, c’est prendre aussi celui de la souffrance. Pourtant, cette dernière est utile, elle renseigne sur un dysfonctionnement. Mais le mythe de l’enfant parfait a pu naître ainsi, une peur tournée sur soi, la peur de souffrir en voyant l’enfant souffrir. La société se cache malheureusement ses propres limites en se bloquant de la sorte. L’Homme se veut le plus puissant, plus fort que la nature et la population veut et exige le risque zéro. Notre monde n’est pas plus dangereux qu’avant mais la perception que nous en avons donne l’impression du contraire. Le risque devient une obsession. Les médias, les autorités participent à l’envolée de cette crainte en prévoyant et en parlant trop du pire. Il suffit de voir les annonces qui ont concerné la grippe aviaire ; elle ont paniqué un temps les sociétés. Avec les progrès scientifiques, nous avons trop tendance à penser que l’avenir est devenu explicable et donc les risques maîtrisés. Les bureaux de prospective se développent dans tous les domaines (géopolitique, écologie,…), l’avenir se professionnalise. Les analystes financiers, les démographes, les assureurs, les experts en tout genre se multiplient. Toutes ces activités font oublier facilement que des éléments imprévisibles existent. Ainsi, les démographes avaient prévu, calculé le futur mais ils n’avaient pas pu prévoir et imaginer la découverte de la pilule ! Les citoyens, c’est un problème, cherchant absolument à être rassurés vont écouter les analyses – parfois hâtives par le fait d’une grande concurrence – et vont perdre tout sens critique. Avec nos experts sur l’avenir, l’Homme ne réfléchit plus. Il omet même de regarder simplement le passé pour prévoir le futur, les conséquences des inondations en sont un parfait exemple. Refusant de penser, les habitants espèrent que les autres l’ont fait pour eux et s’installent parfois en zone inondable avec tous les risques que cela comporte. Comme un capitaine de navire qui s’en remettrait, soulagé, uniquement aux appareils et perdrait sa vigilance. Maintenant, nous croyons beaucoup en la science ; elle offre quantité de réponses mais n’explique et ne résout pas tout. Devant la volonté d’enfant parfait, les praticiens se trouvent confrontés à des procès. La conséquence sera une accentuation des risques puisqu’en retour, pour se protéger, le corps médical applique le principe de précaution. Des obstétriciens ont ainsi arrêté leur activité d’échographie. Une affaire a particulièrement marqué les médecins en 2000. La Cour de cassation donnait raison à la famille Perruche qui avait demandé réparation du préjudice subi par eux et leur enfant dont le handicap n’avait pas été diagnostiqué. Pour contrer cette décision, en 2002, une loi est votée. Elle exclut tout droit de se prévaloir d’un préjudice du seul fait de sa naissance. De la même façon, les patients exigent le risque zéro et lancent des procès. Pourtant, le risque médical existe et il nous faut donc l’accepter car un acte chirurgical par exemple comporte une part de risque. Face aux plaintes, le droit a dû épauler le corps médical et ne lui mettre qu’une «obligation de moyens ». Toujours cette demande de risque zéro avec Dame Nature. En 1999, deux avalanches s’abattaient sur un village suisse, tuaient 12 habitants et en 2005, un tribunal a condamné deux personnes dont un guide. La décision a choqué les professionnels de la montagne car l’Homme est-il si puissant ? Il devrait prévoir toutes les catastrophes ? Quant aux agriculteurs, ils trouvent normal de demander des aides lorsqu’il pleut trop, lorsqu’il gèle, lorsqu’il fait trop chaud….Ils refusent les risques liés à leur profession, ils refusent les aléas climatiques. La notion de choix est déterminante dans l’acceptation d’un risque et une exposition involontaire est vécue comme intolérable. L’Homme a l’impression, aujourd’hui, de ne rien diriger et panique. Pourtant, la gestion de notre planète implique de repenser des nouveaux systèmes, d’inventer, d’aller vers l’inconnu. Le futur se fera dans l’imprévisibilité alors il va nous falloir accepter partir dans l’incertitude. Et si c’était tout simplement cela Vivre…
Sophie Brion
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